L’essentiel en bref
- Les caisses qui comptent moins de personnes présentant un risque de maladie élevé que la moyenne paient des redevances de risque, les autres reçoivent des contributions compensatoires (art. 16 LAMal).
- Les indicateurs sont l’âge, le sexe, un séjour d’au moins trois nuits dans un hôpital ou un EMS l’année précédente et les groupes de coûts pharmaceutiques (art. 1 OCoR).
- Les enfants de moins de 19 ans sont exclus de la compensation des risques ; pour les jeunes adultes de 19 à 25 ans, les caisses bénéficient d’un allègement.
- L’Institution commune LAMal procède à la compensation des risques chaque année et par canton.
Qu’est-ce que la compensation des risques ?
La compensation des risques est un mécanisme de redistribution entre les caisses-maladie dans l’assurance de base. Elle compense le fait que les caisses ont des assurés plus ou moins « coûteux ». Une caisse dont les assurés sont plus jeunes et en meilleure santé que la moyenne verse de l’argent dans un pot commun. Une caisse comptant beaucoup d’assurés âgés ou malades en reçoit.
La raison réside dans les règles de l’assurance de base. Chaque caisse doit accepter toutes les personnes dans son rayon d’activité : c’est l’obligation d’admission. Et elle doit en principe exiger la même prime de tous ses assurés, échelonnée uniquement selon le canton, la région, le groupe d’âge, la franchise et le modèle, jamais selon l’état de santé. Sans compensation des risques, une caisse pourrait malgré tout être meilleur marché simplement parce qu’elle attire surtout des personnes jeunes et en bonne santé par sa publicité ou ses offres. La compensation des risques doit rendre cette sélection des risques peu attrayante.
La compensation des risques ne concerne que l’assurance de base selon la LAMal. Elle n’existe pas dans les assurances complémentaires selon la LCA ; les caisses y ont le droit de poser des questions de santé et de refuser des personnes.
Elle est mise en œuvre par l’Institution commune LAMal, une fondation des assureurs-maladie chargée de tâches légales. La compensation des risques n’est pas une contribution de l’État. L’argent circule entre les caisses : les redevances des unes financent les contributions compensatoires des autres.
Comment ça fonctionne
La compensation des risques est calculée séparément pour chaque année civile et pour chaque canton. L’idée de base : pour chaque groupe d’assurés, on calcule le montant de ses coûts en moyenne de toutes les caisses. Si une caisse compte plus d’assurés dans des groupes coûteux, elle reçoit des contributions ; si elle en compte plus dans des groupes bon marché, elle paie des redevances.
Les groupes sont formés à partir de quatre indicateurs :
- L’âge. L’année de naissance est déterminante. Il existe le groupe des 19 à 25 ans, des groupes de cinq ans entre 26 et 90 ans et le groupe des 91 ans et plus.
- Le sexe.
- Le séjour dans un hôpital ou un établissement médico-social. Un risque élevé est admis lorsqu’une personne a passé l’année précédente au moins trois nuits consécutives dans un hôpital ou un EMS, à la charge de l’assurance de base. Les séjours liés à la maternité ne comptent pas.
- Les groupes de coûts pharmaceutiques (PCG). Une personne qui a obtenu l’année précédente une quantité minimale déterminée de médicaments utilisés pour une maladie particulièrement coûteuse est attribuée à un PCG. Pour ces assurés, la caisse reçoit des suppléments.
Deux groupes sont soumis à des règles particulières. Les enfants qui ont moins de 19 ans au 31 décembre de l’année sont exclus de la compensation des risques. Pour les jeunes adultes de 19 à 25 ans, les caisses bénéficient d’un allègement : celui-ci correspond à 50 % de la différence entre les coûts moyens de l’ensemble des adultes et ceux des jeunes adultes. Cela permet des primes plus basses pour les jeunes adultes.
Les caisses livrent les données à l’Institution commune chaque année jusqu’au 31 mars, par personne assurée et sous forme pseudonymisée. Elles comprennent le canton de domicile, l’année de naissance, le sexe, les séjours hospitaliers, les médicaments obtenus, les mois d’assurance, les prestations et les participations aux coûts.
Base légale
La compensation des risques est réglée aux art. 16 à 17a de la loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal). L’art. 16, al. 1 et 2, LAMal prévoit que les assureurs qui comptent moins de personnes présentant un risque de maladie élevé que la moyenne versent des redevances de risque à l’Institution commune, et que les assureurs qui en comptent plus que la moyenne reçoivent des contributions compensatoires. Selon l’art. 16, al. 3, LAMal, les redevances et les contributions doivent compenser entièrement les différences de risque moyennes entre les groupes de risque. L’art. 16, al. 4, LAMal mentionne l’âge, le sexe et d’autres indicateurs de morbidité ; l’art. 16, al. 5, LAMal exclut les enfants.
L’art. 16a LAMal règle l’allègement pour les jeunes adultes de 19 à 25 ans, à hauteur de 50 % de la différence de coûts. L’art. 17 LAMal dispose que les effectifs d’assurés de l’année de compensation sont déterminants et que les différences de risque sont calculées sur la base de l’année précédente. Selon l’art. 17a LAMal, l’Institution commune procède à la compensation des risques à l’intérieur de chaque canton ; l’art. 18 LAMal règle cette fondation des assureurs.
Les détails figurent dans l’ordonnance sur la compensation des risques dans l’assurance-maladie (OCoR). L’art. 1 OCoR énumère les quatre indicateurs, l’art. 2 les groupes d’âge, l’art. 3 le séjour d’au moins trois nuits à l’hôpital ou en EMS, les art. 4 et 5 les groupes de coûts pharmaceutiques. L’art. 6 OCoR règle la livraison des données jusqu’au 31 mars.
Exemple : deux caisses, même prestation
L’exemple suivant est fortement simplifié et calculé avec des chiffres supposés. Il montre uniquement le principe, pas le calcul effectif de l’Institution commune. Deux caisses du même canton comptent chacune 1 000 assurés adultes. On suppose que les assurés sans risque élevé coûtent CHF 3 000 par an en moyenne cantonale, les assurés présentant un risque élevé CHF 12 000. La moyenne des deux caisses est de CHF 5 250.
| Caisse A | Caisse B | |
|---|---|---|
| Assurés sans risque élevé | 900 | 600 |
| Assurés présentant un risque élevé | 100 | 400 |
| Coûts attendus au total | CHF 3 900 000 | CHF 6 600 000 |
| Coûts attendus par tête | CHF 3 900 | CHF 6 600 |
| Écart par rapport à la moyenne (CHF 5 250) par tête | CHF −1 350 | CHF +1 350 |
| Compensation | paie une redevance de CHF 1 350 000 | reçoit une contribution de CHF 1 350 000 |
Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?
En tant qu’assuré, tu n’as pas de contact direct avec la compensation des risques. Elle a toutefois des conséquences sur ton choix :
- Tu peux choisir n’importe quelle caisse. Comme la chasse aux bons risques est moins intéressante, les caisses ont moins d’incitation à tenir les assurés malades à l’écart. Dans l’assurance de base, chaque caisse doit de toute façon t’accepter.
- Les différences de primes ont d’autres causes. Compare les primes pour ton lieu de domicile dans le calculateur de primes. Tu trouves des indicateurs comme les frais administratifs et les réserves de chaque caisse dans les fiches sous Caisses-maladie.
- Un changement est possible chaque année. Les délais figurent sous Délais.
La compensation des risques fait partie du système comptant de nombreuses caisses en concurrence ; le modèle opposé serait une caisse unique. L’OFSP publie les indicateurs des assureurs, dont les montants de la compensation des risques, dans ses données de surveillance.
Erreurs fréquentes
- Considérer la compensation des risques comme une subvention de l’État. C’est une compensation entre les caisses. L’État n’y verse rien.
- Croire que la compensation concerne les assurances complémentaires. Elle ne s’applique que dans l’assurance de base.
- Supposer que toutes les caisses devraient ensuite coûter le même prix. La compensation saisit les différences de risque, pas les différences d’efficacité, de réserves ou de modèles.
- Penser que tes données de santé sont transmises en clair aux autres caisses. Les caisses livrent les données sous forme pseudonymisée à l’Institution commune, pas aux autres assureurs.
Nous expliquons comment nous construisons les exemples et les indicateurs sous Notre méthode de calcul.
Questions fréquentes
Pourquoi existe-t-il une compensation des risques ?
Dans l’assurance de base, chaque caisse doit accepter toutes les personnes et ne peut pas échelonner la prime selon l’état de santé. Sans compensation, les caisses comptant beaucoup d’assurés jeunes et en bonne santé auraient un avantage qui n’a rien à voir avec la qualité de leur travail. La compensation des risques corrige ces différences.
En tant qu’assuré, est-ce que je remarque la compensation des risques ?
Pas directement. Tu ne paies aucune redevance et ne reçois aucune contribution. La compensation circule entre les caisses et influence leurs coûts, donc indirectement les primes.
Qui calcule la compensation des risques ?
L’Institution commune LAMal. Les caisses lui livrent chaque année jusqu’au 31 mars des données pseudonymisées par personne assurée, par exemple l’année de naissance, le sexe, les séjours hospitaliers et les médicaments obtenus.
La compensation des risques influence-t-elle quelle caisse est avantageuse ?
Elle réduit les avantages qu’une caisse aurait uniquement grâce à un effectif d’assurés jeunes et en bonne santé. Des différences de primes entre les caisses subsistent néanmoins, par exemple en raison des frais administratifs, des réserves, des modèles d’assurance et du contrôle des prestations.
Termes associés
- Institution commune LAMalL’Institution commune LAMal est une fondation de tous les assureurs-maladie, dont le siège est à Olten. Elle assume des tâches qu’aucune caisse ne peut remplir seule : elle met en œuvre la compensation des risques, prend en charge les prestations si une caisse devient insolvable et s’occupe des assurés en lien avec l’UE, les États de l’AELE et le Royaume-Uni.
- Assureur-maladieUn assureur-maladie est une entreprise qui pratique l’assurance de base selon la LAMal avec l’autorisation de l’OFSP ; dans le langage courant, on parle de caisse-maladie. Au 01.01.2026, on en comptait 34. Les assureurs doivent accepter toute personne tenue de s’assurer, ne peuvent pas réaliser de bénéfice avec l’assurance de base et proposent souvent en plus des assurances complémentaires selon la LCA.
- Caisse uniqueUne caisse unique est une seule caisse-maladie publique qui gère l’assurance de base pour tout le monde à la place de nombreuses caisses. Elle n’existe pas en Suisse : selon les données de primes de l’OFSP, 34 assureurs-maladie proposent l’assurance de base en 2026. Le peuple a rejeté une caisse unique en 2007 par 71,2 % et en 2014 par 61,8 % de non.
- Réserves des caisses-maladieLes réserves sont les fonds propres d’une caisse-maladie dans l’assurance de base : le montant dont sa fortune dépasse ses engagements. Elles garantissent que la caisse peut payer même lors d’une année coûteuse. Au 01.01.2025, l’ensemble des caisses détenait CHF 7 772.0 millions de réserves, soit 147 % du niveau minimal légal.
- Obligation d’admissionL’obligation d’admission oblige chaque caisse-maladie à accepter dans l’assurance de base, dans son rayon d’activité, toute personne tenue de s’assurer, indépendamment de son âge et de sa santé. Il n’y a ni questionnaire de santé, ni réserve, ni délai d’attente. L’obligation d’admission ne vaut pas pour les assurances complémentaires : l’assureur peut y poser des questions sur la santé et refuser.
Sources
- Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal), art. 16 à 17aArt. 16 à 17a LAMalfedlex.admin.ch
- Ordonnance sur la compensation des risques dans l’assurance-maladie (OCoR), art. 1 à 5Art. 1 à 5 OCoRfedlex.admin.ch
- Ordonnance sur la compensation des risques dans l’assurance-maladie (OCoR), art. 6Art. 6 OCoRfedlex.admin.ch
- Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal), art. 18Art. 18 LAMalfedlex.admin.ch
- Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal), art. 61Art. 61 LAMalfedlex.admin.ch
- Institution commune LAMalkvg.org
- OFSP : données de surveillance des assureurs-maladiebag.admin.ch
