L’essentiel en bref
- Avant une suspension, il faut au moins un rappel, une sommation avec un délai de 30 jours et une poursuite (art. 64a al. 1 et 2 LAMal).
- La suspension n’existe que dans les cantons qui tiennent une liste des assurés en retard de paiement ; la caisse suspend les prestations sur notification du canton (art. 64a al. 7 LAMal).
- Les traitements d’urgence sont toujours exceptés, c’est-à-dire les traitements sans lesquels une atteinte à la santé, voire la mort, est à craindre.
- Qui est en retard de paiement ne peut pas changer de caisse tant que les primes, participations aux coûts, intérêts et frais de poursuite ne sont pas payés (art. 64a al. 6 LAMal).
Qu’est-ce que la suspension de la prise en charge des prestations ?
La suspension de la prise en charge des prestations est une mesure prise à l’encontre des assurés qui, durablement, ne paient pas leurs primes de l’assurance de base. La caisse-maladie ne prend alors provisoirement plus en charge les frais de traitement. On parle aussi de blocage des prestations. Le terme « suspension » est plus exact : l’assurance continue d’exister et, une fois les dettes payées, la suspension est levée.
La suspension n’est pas automatique. Elle suppose que le canton de domicile tienne une liste des assurés en retard de paiement. La loi permet aux cantons de tenir une telle liste, mais ne les y oblige pas. La caisse ne suspend les prestations que sur notification du canton. Seuls les fournisseurs de prestations, la commune et le canton ont accès à la liste.
La suspension ne concerne que l’assurance de base selon la LAMal. Pour les assurances complémentaires, ce sont les règles de la loi sur le contrat d’assurance et les conditions contractuelles de la caisse qui s’appliquent ; elles prévoient leurs propres conséquences en cas de retard de paiement. Les traitements d’urgence sont toujours exceptés de la suspension.
Comment ça fonctionne
Il s’écoule du temps avant une suspension des prestations, et chaque étape est prescrite :
- Rappel. Si tu ne paies pas une prime ou une participation aux coûts échue, la caisse t’envoie au moins un rappel écrit.
- Sommation. Au plus tard 3 mois après l’exigibilité, la caisse te notifie une sommation, séparément de tout autre arriéré. Elle t’impartit un délai de 30 jours et t’informe des conséquences. Dès la notification de cette sommation, tu es considéré comme étant en retard de paiement.
- Poursuite. Si tu ne paies toujours pas, la caisse doit engager des poursuites. Par année civile, elle peut te poursuivre au maximum deux fois pour tes propres arriérés et deux fois pour ceux d’un enfant.
- Acte de défaut de biens. Si la poursuite se termine sans paiement, la caisse obtient un acte de défaut de biens. Elle annonce la créance au canton, qui en prend en charge 85 %.
- Liste et suspension. Si ton canton tient une liste et t’y inscrit, il le notifie à la caisse. Dès lors, la caisse suspend la prise en charge des coûts, sauf en cas d’urgence.
Pendant tout ce temps, les primes continuent de courir. La caisse ne peut pas non plus compenser des primes impayées avec des prestations qu’elle te doit. Et tant que des arriérés existent, tu ne peux pas changer de caisse.
Base légale
La procédure figure à l’art. 64a LAMal. L’al. 1 exige, avant toute autre étape, au moins un rappel écrit, une sommation avec un délai de 30 jours et une information sur les conséquences. Selon l’al. 2, la caisse doit engager des poursuites ; une personne peut être poursuivie au maximum deux fois par année civile pour ses propres arriérés et deux fois pour ceux d’un enfant. Les al. 3 et 4 règlent l’annonce au canton et la prise en charge par celui-ci de 85 % des créances ayant fait l’objet d’un acte de défaut de biens. L’al. 6 exclut le changement de caisse pour les assurés en retard de paiement tant que tout n’est pas payé.
La suspension elle-même figure à l’art. 64a al. 7 LAMal : les cantons peuvent tenir une liste des assurés qui ne paient pas leurs primes malgré les poursuites. Sur notification du canton, les assureurs suspendent la prise en charge des prestations fournies à ces personnes, à l’exception de celles relevant de la médecine d’urgence, et annoncent l’annulation de la suspension dès que les créances sont acquittées. Il y a traitement d’urgence lorsque, en l’absence d’un traitement immédiat, une atteinte à la santé, voire la mort, est à craindre ou que la santé d’autres personnes est mise en danger.
L’ordonnance complète : selon l’art. 105b OAMal, la sommation doit être envoyée au plus tard 3 mois après l’exigibilité. L’art. 105c OAMal interdit de compenser les prestations avec des primes. L’art. 105l OAMal précise qu’une personne est en retard de paiement dès la notification de la sommation et qu’une demande de changement d’assureur ne déploie aucun effet sans paiement intégral. Pour les enfants mineurs, les règles s’appliquent aux parents qui doivent les primes (art. 64a al. 1bis LAMal).
Exemple : de la prime impayée à la suspension
Daniel a 34 ans et vit dans un canton qui tient une liste des assurés en retard de paiement. Admettons que sa prime s’élève à CHF 580.00 par mois ; c’est la prime médiane 2026 dans la commune de Zurich (région 1) pour les adultes avec une franchise de CHF 300 et la couverture des accidents, source OFSP. Il ne paie pas les primes de janvier à mars 2026.
| Étape | Ce qui se passe | Montant ouvert (primes uniquement) |
|---|---|---|
| Rappel | premier avertissement écrit de la caisse | CHF 1 740.00 |
| Sommation | au plus tard 3 mois après l’exigibilité, délai de 30 jours ; dès lors, Daniel est en retard de paiement et ne peut plus changer de caisse | CHF 1 740.00 plus les primes courantes |
| Poursuite | la caisse doit engager des poursuites | s’y ajoutent les intérêts moratoires et les frais de poursuite |
| Acte de défaut de biens | le canton prend en charge 85 % de la créance annoncée | Daniel continue de devoir la totalité du montant |
| Inscription sur la liste | la caisse suspend les prestations, urgences exceptées | levée seulement après paiement intégral |
Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?
Réagis dès le premier rappel. Plus tu agis tôt, moins il s’ajoute d’intérêts, de frais et de frais de poursuite. Demande à ta caisse un paiement échelonné avant que la poursuite soit engagée. Vérifie aussi si tu as droit à une réduction des primes. Celle-ci passe par le canton et réduit la prime que tu paies toi-même.
Si la prime est fondamentalement trop élevée pour ton budget, examine une combinaison plus avantageuse de caisse, de franchise et de modèle avec le calculateur de primes. Tu ne pourras toutefois changer de caisse que lorsqu’il n’y aura plus d’arriérés. Tu trouves les adresses et les moyens de contact de ta caisse dans les fiches des caisses-maladie ; les échéances pour un changement ultérieur sous Délais.
En cas de litige avec la caisse, par exemple sur le montant de la créance ou sur la question de savoir si un traitement était une urgence, l’Office de médiation de l’assurance-maladie t’aide gratuitement. En cas de primes impayées, demande aussi de l’aide au service social de ta commune.
Erreurs fréquentes
- Ignorer les rappels. Dès la sommation, tu es en retard de paiement. Chaque étape supplémentaire coûte davantage et te limite.
- Résilier pour échapper aux dettes. Tant que des arriérés existent, une résiliation reste sans effet. Tu restes auprès de ta caisse.
- Croire que le canton a payé les dettes. Si le canton prend en charge 85 % d’une créance, la dette reste à ta charge jusqu’à ce que tu la paies.
- Ne pas aller chez le médecin en cas d’urgence. Les traitements d’urgence sont toujours couverts, même pendant une suspension.
Nous expliquons sous Notre méthode de calcul comment nous présentons les règles juridiques et les exemples.
Questions fréquentes
Quand la caisse-maladie peut-elle suspendre la prise en charge des prestations ?
Seulement si tu n’as pas payé des primes ou des participations aux coûts malgré le rappel, la sommation et les poursuites, et que ton canton t’a inscrit sur sa liste des assurés en retard de paiement et l’a notifié à la caisse. Si ton canton ne tient pas une telle liste, il n’y a pas de suspension des prestations.
Serai-je quand même soigné en cas d’urgence ?
Oui. Les traitements d’urgence sont exceptés de la suspension. Il y a urgence lorsque le traitement ne peut pas être repoussé, parce qu’en son absence une atteinte à la santé, voire la mort, est à craindre ou que la santé d’autres personnes est mise en danger.
Comment mettre fin à la suspension des prestations ?
En payant toutes les créances ouvertes : primes, participations aux coûts, intérêts moratoires et frais de poursuite. La caisse annonce l’annulation de la suspension au canton. Demande d’abord à la caisse le montant exact et à la commune si elle peut t’aider.
Suis-je encore assuré pendant la suspension des prestations ?
Oui. L’assurance continue, et les primes restent exigibles. La caisse ne prend simplement pas en charge les frais pour le moment, sauf en cas d’urgence.
Termes associés
- Arriérés de paiementDes arriérés de paiement envers la caisse-maladie apparaissent lorsque tu ne paies pas des primes ou des participations aux coûts échues. Dans l’assurance de base suivent un rappel, une sommation avec un délai de 30 jours et une poursuite. Tant que les arriérés sont ouverts, tu ne peux pas changer de caisse ; s’y ajoute un intérêt moratoire de 5 % par an.
- Liste des assurés qui ne paient pas leurs primesLa liste des assurés qui ne paient pas leurs primes est un registre cantonal des personnes qui ne paient pas leurs primes de l’assurance de base malgré les poursuites. Pour les personnes inscrites, la caisse suspend la prise en charge des prestations, sauf en cas d’urgence. Les cantons peuvent tenir une telle liste, mais n’y sont pas obligés ; seuls les fournisseurs de prestations, la commune et le canton peuvent la consulter.
- Acte de défaut de biensUn acte de défaut de biens est le document que l’office des poursuites établit lorsqu’une poursuite ne couvre pas la dette. Pour des primes d’assurance-maladie impayées, la créance subsiste 20 ans, mais ne porte pas intérêt. Le canton de domicile prend en charge 85 % de ces créances envers la caisse ; tu ne peux changer d’assurance de base qu’une fois tout payé.
- SommationLa caisse-maladie t’envoie une sommation lorsqu’une prime ou une participation aux coûts échue n’est pas payée. Dans l’assurance de base, elle est précédée d’au moins un rappel écrit et doit arriver au plus tard trois mois après l’échéance, avec un délai de 30 jours. Ensuite vient la poursuite. Dès la notification de la sommation, tu ne peux plus changer de caisse.
- Office de médiation de l’assurance-maladieL’Office de médiation de l’assurance-maladie est un service neutre et gratuit, basé à Lucerne, auquel tu peux t’adresser en cas de litige avec ta caisse-maladie. Il examine les cas relevant de l’assurance de base, des assurances complémentaires et de l’assurance d’indemnités journalières et intervient auprès de la caisse, mais ne peut rien décider. Si la caisse a déjà rendu une décision formelle, le délai d’opposition de 30 jours continue de courir.
- Médecin-conseilLe médecin-conseil conseille la caisse-maladie sur les questions médicales et vérifie si elle doit prendre en charge une prestation de l’assurance de base. Il est indépendant dans son jugement et ne transmet à la caisse que les informations dont elle a besoin pour décider. En psychothérapie, par exemple, il examine la poursuite du traitement après 40 séances.
Sources
- Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal), art. 64aArt. 64a LAMalfedlex.admin.ch
- Ordonnance sur l’assurance-maladie (OAMal), art. 105bArt. 105b OAMalfedlex.admin.ch
- Ordonnance sur l’assurance-maladie (OAMal), art. 105cArt. 105c OAMalfedlex.admin.ch
- Ordonnance sur l’assurance-maladie (OAMal), art. 105lArt. 105l OAMalfedlex.admin.ch
- OFSP, primes d’assurance-maladie 2026 (opendata.swiss)opendata.swiss
- Office de médiation de l’assurance-maladieom-kv.ch
